C’est l’automne. Les feuilles tombent, les températures baissent, et les négociations salariales battent leur plein. Ces tractations opposent chaque année syndicats et employeurs pour fixer les salaires et l’adaptation au renchérissement. Et les discussions sont chaque fois plus tendues.
Alors que l’inflation a fait tout augmenter, les salaires restent à la traîne. L’argument des employeurs pour refuser tout progrès ? Leurs coûts de production ont grimpé du fait de la hausse du prix de l’énergie et des matière premières. Et les charges des employé-e-s, n’ont-elles pas augmenté aussi ? Les factures d’électricité, les primes d’assurance maladie, les loyers, le prix des biens de consommation courante ont pris l’ascenseur. Malgré cela, celles et ceux qui mouillent le maillot en ce moment pour aller discuter avec les patrons se retrouvent bien souvent face à un mur.
Comme ce matin-là, au petit jour à Paudex, tout près du centre patronal. Il est 7h30. La délégation d’Unia arrive pour une dernière concertation au tea-room voisin avant d’aller affronter les employeurs du
secteur de la blanchisserie. Un employé et trois syndicalistes affinent leur stratégie. La tension est palpable. C’est déjà la deuxième séance de cette série de négociations et le patronat n’a pas montré beaucoup d’ouverture jusqu’à présent. Pourtant, cette branche qui emploie essentiellement des femmes migrantes est l’une des moins bien payées. Les salaires de moins de 4000 francs pour un plein temps sont la norme.
Quelques heures plus tard, la délégation ressort, bredouille. « Il faudra encore au moins une séance pour trouver un accord, explique l’une des syndicalistes. Nous devons maintenant rencontrer les employées pour leur expliquer la situation et savoir si elles acceptent de descendre en dessous de nos revendications initiales ». Rendez-vous est pris pour dans deux semaines.
Dans la construction, ce n’est pas mieux. Les entrepreneurs proposent 0,5% d’augmentation, l’équivalent de 30 francs par mois. Une misère qui ne permet pas de faire face à l’augmentation du coût de la vie.
Alors que l’économie a connu une croissance de plus de 7% depuis 2021, les salaires réels ont chuté de 3%. Ils se retrouvent au niveau de 2014. Dans tous les secteurs, la productivité augmente, mais pas les salaires. En tous cas pas les plus bas. La situation est notamment très alarmante dans la santé. Un service indispensable, reconnu d’importance systémique pendant la pandémie. Depuis, les salaires de cette branche n’ont pas bougé.
A l’autre bout de l’échelle, pourtant, ça monte ! L’écart entre les plus hauts et les plus bas revenus se creuse. En tête du classement : le patron d’UBS et ses 19 millions annuels. En 2023, selon une étude d’Unia menée dans 36 entreprises suisses basée sur des moyennes, la personne la moins bien payée doit maintenant travailler 143 ans pour toucher un an du salaire de son directeur général. La différence n’était « que » de 1 pour 139 l’année précédente.
Pour surmonter la crise du pouvoir d’achat, les syndicats exigent des augmentations de 4 à 5% et pas de salaire en dessous de 5000 francs.15 000 personnes ont défilé le 21 septembre dernier à Berne pour soutenir ces revendications. Seront-elles entendues ? Après l’automne viendra l’hiver, et Noël. Les salarié-e-s méritent de trouver des salaires dignes sous leur sapin, mais les patrons ne leur feront pas de cadeau.
Dans ce domaine comme dans tant d’autres, seule la pression collective des forces de gauche permet d’obtenir des résultats.
Virginie Pilault
Article publié dans le journal Fil Rouge, novembre 2024


