Black Friday, single day, cyber monday, ouverture dominicale des magasins… La frénésie de consommation qui se déchaîne à l’approche des fêtes laisse le personnel de vente et de la logistique sur les rotules. Pourtant, dans ces secteurs dits « essentiels», les salaires restent à la traîne et la précarité au rendez-vous.
Black november: ce nom résonne doucement aux oreilles des fans de promotions et de bonnes (?) affaires. Les promotions ont commencé le jeudi 11 novembre avec le singles’ day. La course aux achats a continué le 20, pour le début de la black week, puis le 25 avec le black friday proprement dit, et le 27 avec le cyber monday. Tout un mois pour refaire sa garde-robe ou anticiper les cadeaux de Noël ! Un mois noir pour les vendeuses et les vendeurs, ainsi que pour celles et ceux qui se chargent d’empaqueter et d’expédier nos emplettes en ligne. Décembre n’est pas mieux, puisque la fièvre acheteuse monte encore d’un cran. Par-dessus le marché (de Noël), les magasins ont le droit d’ouvrir exceptionnellement certains dimanches de l’Avent, et en soirée.
Des cadences infernales
L’afflux de clientèle dans les magasins et l’explosion soudaine des commandes en ligne signifie une accélération des rythmes de travail, accompagné d’une surcharge pour les employé-e-s. Des journées interminables, du travail le soir et le dimanche, des client-e-s énervés, des horaires qui changent au dernier moment… Voilà ce qui se trouve sous le sapin du personnel de vente et de la logistique ! Tout ceci pour un salaire excédant rarement les 4000 francs par mois.
Au temps du Covid
Car la pression pour des prix trop bas comprime bien évidemment aussi les salaires, qui n’ont pas été revalorisés dans ce secteur depuis des lustres. Pourtant, pendant la pandémie – qui nous parait aujourd’hui tellement lointaine -, alors que les autorités nous imposaient une certaine forme de confinement, ce sont précisément ces vendeurs et ces vendeuses, ces logisticien-e-s, qui nous ont permis de continuer à nous approvisionner. Les ventes en ligne ont d’ailleurs fait un bond de 10% à cette occasion. Pour désigner ces secteurs, comme celui des soins, on parlait alors de « métiers essentiels ».
L’action des syndicats
L’essentiel, aujourd’hui, ne serait-ce pas que les deux plus gros distributeurs de Suisse, Coop et Migros, accordent la pleine compensation du renchérissement à leur personnel ? Qu’une convention collective du commerce de détail de force obligatoire existe enfin au niveau suisse, ou au moins à l’échelle vaudoise, puisque c’était déjà une priorité pour le Conseil d’Etat lors du programme de législature 2017-2022 ? Que les employé-e-s des plateformes de vente en ligne sortent de la précarité et vivent dignement de leur travail ? Les syndicats s’engagent pour aller dans ce sens. La création progressive de salaires minimums sociaux dans certains cantons (comme dans les cantons de Genève, Neuchâtel et Jura) donne un coup de pouce aux salaires trop bas des employé-e-s de ces branches. Et nous, consommatrices et consommateurs, pouvons aussi agir. Notamment en boudant ces grosses opérations de vente à outrance, sans oublier un merci souriant lors de notre prochain passage à la caisse !
article publié en décembre 2022 dans le journal Fil Rouge
Virginie Pilault


